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Quelques mois après mon
arrivée au Burkina Faso, je discutais de ma passion du vol et
de mon ULM à un expatrié que je venais de rencontrer sur BOBO. Ce
dernier se mit à me parler d'un français du nom de Jacques RESCH qui tenait
une imprimerie
et qui fabriquait des modèles réduits. Il me dit que peut-être ce
gars serait intéressé de voir ma machine et sait-on jamais, peut-être
de voler.
Mais il y a un hic ! Ce
type, qui en dehors de son imprimerie et de son plaisir de faire
voler des modèles réduits est aussi peintre, semble très difficile à rencontrer. Marginal, il ne fréquente pas la communauté
des expatriés de BOBO, et si par hasard on le croise et que l'on
tente une amorce de conversation, on a tout de suite l'impression
d'avoir fait une boulette.....
Ce brossage
de portrait du bonhomme me plait aussitôt et très vite, j'essaie
d'apercevoir de loin ce gars si mystérieux.
Je
le repère enfin au sortir de l'école française, descendant d'une
vieille mobylette, gilet rouge brodé sans manche, pas très charnu, les
cheveux dans le vent . Il marche vite, comme s'il avait un
train à prendre, sans se préoccuper des personnes qu'il croise.
Je comprend effectivement qu'il soit difficile à accoster. Je ne
m'y aventurerai pas du moins pour l'instant. Le revoilà, toujours
aussi speed qui renfourche sa P50 et qui disparaît aussi vite qu'il
est arrivé.
Le
lendemain je décide de tenter le tout pour le tout et pousse le
portail en fer de sa concession pas très loin de ma maison d'habitation.
Grand jardin, des cases à droite, beaucoup de végétation, des statues
peintes, un grand rideau en porte de garage peint d'un soleil bobo,
puis l'imprimerie et la maison que je contourne pour accéder
à une arrière cour.
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De vrais rastas,
je m'y connais...

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Un rasta, deux
rastas, trois
rastas qui me demandent ce
que je jeux, paraissent étonnés quand je m'enquiers
de savoir si Monsieur Jacques est là. Un oui bref
et un doigt tendu me désigne un petit hangar couvert
d'où s'échappe le son d'une télévision. Je m'approche
et tape sur un morceau de bois accroché au mur et qui
fait office de marteau de porte "Tapez ici".
Je cogne donc et amorce timidement la descente d'une
marche où ce trouve le fameux Mr Jacques, lunettes sur
le nez, penché sur un énorme fuselage d'avion.
Je lance un "
bonjour Monsieur"
qui ne fait pas sourciller le personnage occupé
à visser un petit boitier électronique au cœur du fuselage,
puis un moment après, alors que je commençais à me dire
que j'aurai peut-être du m'y prendre autrement, la tête
se relève et par dessus les verres, un regard me
dévisage et j'entend : "OUI
! C'EST POURKOI ? VOUS SAVEZ, JE N'AI PAS LE TEMPS,
JE SUIS OCCUPE"
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Même au Burkina Faso,
la réponse est glaciale. " Heuh
!! ben voilà....on m'a dit que...heuh ...mais je voudrai pas
vous déranger..." ( mal à l'aise le
Papajan ) "
je suis pilote ULM " "
AH BON ET OU CA ? " "
ici à BOBO " ......
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Du
coup il laisse tomber son boulot pour continuer à discuter
devant la traditionnelle bouteille de jaune
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et
oui BERNARD, ce breuvage n'est pas l'exclusivité
de CASTELVERT !
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Très vite le courant
passe entre nous et le temps de quelques pastis, je
commence à cerner le personnage. Marginal c'est
certain mais un homme rare en tout cas, que je découvre
au fil du temps qui passe ,et dont je ne me permettrai jamais
de divulguer quoi que ce soit de sa personnalité, de ses pensées, de sa philosophie...
On ne parle pas
d'un homme comme Jacques.
Aujourd'hui, nous
sommes devenus de véritables amis.
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Ancien
prof de physique, c'est donc un véritable
passionné d'aéromodélisme . Il conçoit
lui même tous ses modèles uniquement d'après
des photos ou les invente carrément, se retape tous les calculs et
exécute les plans de construction. La carcasse
même est faite en bois du pays, les
hélices aussi, les habillages en contreplaqué
ou en carton. L'électronique qui équipe
l'avion est elle aussi entièrement réalisée
par lui. Seuls les moteurs, et encore quand
ils ne sont pas trafiqués et le boîtier
de télécommande sont du commerce.
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J'étais du vol d'essai de ce
magnifique bimoteur. J'ai découvert ce jour Jacques sous un autre
angle: stressé,
tremblant et blème avant le décollage, concentré comme un véritable
pilote d'essai durant tout le
vol à écouter le ronronnement des deux moteurs, à surveiller les réactions de son aéronef à toutes les
commandes qu'il teste, puis exploser de joie après avoir ramené le gros oiseau au
sol. La joie , les cris, les larmes, toute la panoplie de ce que peut engendrer
une telle passion
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